Eddy de Pretto est bel et bien l’un des artistes les plus prometteurs de cette année 2018. En 2017, il sort son premier EP « Kid », avant d’enchainer avec l’album « Cure », sorti en mars 2018. Plus récemment, une réédition de cet album s’intitulant « Culte » a été publiée. Dans « Culte », 7 nouveaux titres ont pu être rajoutés, dont 3 versions instrumentales provenant de chansons se trouvant dans l’album d’origine. Apres avoir été sacré « Révélation francophone de l’année » aux NRJ Music Awards 2018 et « Révélation scène de l’année » lors des Victoires de la Musique 2018, il se lance à présent dans une tournée aux quatre coins de la France, voire au-delà, car il se produira à Bruxelles, à Lausanne et même à Montréal.

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© V.Ducard

Mercredi 28 novembre 2018, je me rends à Alençon, et plus précisément à La Luciole, afin d’assister au concert d’Eddy de Pretto, qui annonçe « complet ». Après une légère attente, les portes de La Luciole se sont ouvertes dès 20h.

A 21h, et comme prévu, la première partie du concert d’Eddy de Pretto démarre. Lors de cette première partie, découverte de l’artiste suisse : Muddy Monk. Muni de deux synthétiseurs et d’un micro, Muddy Monk est doté d’un style simple et particulier du fait qu’il privilégie l’instrumental. J’ai ressenti des musiques relativement répétitives, toutefois accompagnées d’une voix douce, mais difficilement audible causée, probablement, par une musique trop forte. Par ailleurs, Muddy Monk entretenait peu de contact avec le public, hormis quelques « merci beaucoup », en guise de transition entre chacune de ses chansons. Une nouvelle preuve de ce manque d’interaction s’est traduite par peu de contact visuel avec public, mais également par une mauvaise présence scénique.

Malgré ces disgrâces, Muddy Monk reste un artiste novateur, ce qui lui permet de se démarquer des autres artistes et dont chacun d’entre nous peut se faire sa propre interprétation. La volonté du chanteur était, clairement, de faire paraitre ses émotions ; c’est-à-dire qu’au travers d’une chanson triste, il adopte le ton adéquate tout en restant dans l’électro. Ainsi, il a réussi à  nous faire découvrir son univers et à captiver une majorité du public en à peine une demi-heure, ce qui demeure tout de même remarquable. Aux alentours de 21h30, Muddy Monk quitte la scène de la Luciole sous les applaudissements du public.

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© Morgane Brewaeys

22h – Pretto arrive sur scène. Originaire de Créteil, en banlieue parisienne, il est de ces artistes qui luttent contre l’homophobie et plus particulièrement contre les clichés de virilité inculqués dans les mœurs. Autant sa jeunesse que sa liberté permettent à la communauté LGBTQ de se retrouver au travers de ses paroles, notamment dans ses titres comme Normal, Grave ou même Kid. Lors de ce concert à La Luciole, j’ai pu apercevoir un drapeau arc-en-ciel, associé à cette communauté, être fièrement agité.

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Eddy de Pretto a pour habitude de brancher son téléphone portable en arrivant sur scène, mais il le jeta immédiatement au sol, sans jamais s’en soucier durant le concert. Geste regrettable du fait qu’il s’agissait d’une partie du personnage qu’il endossait et représentait en quelque sorte sa marque de fabrique aux yeux de ceux qui le connaissait, et parfois même une part de son style qui permettait à ceux qui le connaissait moins de le reconnaitre.

Le jeu de lumière, composé uniquement de LED, était éminemment brillant. Ces lumières étaient parfaitement synchronisées avec la musique ; tout comme sa gestuelle et sa danse, qui étaient toutes deux également réglées comme du papier à musique. Vêtu d’un jogging et d’un simple T-shirt blanc, ce qui reste plutôt banal, Eddy de Pretto demeure néanmoins très énergique et dynamique sur scène et jouit de la totalité de cette dernière pour embarquer son public tout au long de son concert. Dans un registre plus familier, nous pourrions quasiment affilier l’attitude d’Eddy de Pretto à une « Bête de scène » lors de ce concert à la Luciole.

Au beau milieu de sa prestation, l’artiste nous annonça qu’il s’apprêtait à reprendre, pour la seconde fois lors d’un concert, le titre « Je suis pas fou » d’un autre artiste, cette fois originaire de Marseille, Jul. Dans un premier temps, le public hua, puis dès qu’il commença à reprendre ce titre, le public fut comme happé par la manière dont Eddy de Pretto s’est réapproprié une musique qui semble d’ordinaire à des années-lumière de son style. A la fin de cette interprétation, la salle l’a finalement applaudi ne serait-ce pour l’audace de cette reprise face à un public réticent.

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Eddy de Pretto est même allé jusqu’à s’offrir un bain de foule, pour être au plus près de son public. Il a choisi la chanson « Risque de toi » qui n’est pas anodine, du fait que la phrase Dis-moi seulement quand, à deux nous ferons qu’un est récurrente, comme s’il s’adressait directement à son public et ne faisait qu’un avec lui.

On ressent principalement qu’Eddy de Pretto cherche à être au contact et à maintenir une certaine proximité avec son public. Ainsi, entre chaque titre qu’il nous interprète, ses transitions permettent aux spectateurs d’avoir le temps nécessaire pour s’imaginer la chanson suivante. Par exemple, avant « Beaulieu », qui est une description personnelle de son vécu en banlieue, Eddy de Pretto a pris le temps de sonder l’assistance afin de prendre connaissance de ceux venant d’Alençon et de ceux provenant d’ailleurs, avant d’ajouter « Je dédicace cette chanson à tous ceux de banlieue, voici Beaulieu »

Par ailleurs, il nous rappela à de nombreuses reprises que nous étions à Alençon, comme lorsqu’il nous demanda si « Alençon savait danser «  sur la chanson Ego ou encore « Ce soir, qui est d’Alençon » avant de nous interpréter Beaulieu, comme je le disait précédemment. Eddy de pretto cherche donc à fédérer avec son public en créant un lien entre ses chansons et la ville du concert.

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© unclejohnsot

Ainsi, j’ai pu remarquer tout au long du concert que l’ensemble était dans une continuité car la prestation de deux artistes, que sont Muddy Monk et Eddy de Pretto, se valaient autant l’une que l’autre. D’un coté, nous avons le Suisse Muddy Monk qui revisite l’électro d’une manière peu habituelle ; d’un autre coté, nous avons le Cristolien Eddy de Pretto, qui casse les codes de la chanson au travers de ses textes, tout en mêlant variété française et Rap. Il me semble aussi important de témoigner du contraste saisissant entre Muddy Monk que l’on peu qualifié de relativement statique, face à Eddy de Pretto qui cherche justement à être au plus près de ses fans. Muddy Monk, étant considéré comme l’une des révélations francophone de l’année en festival, à l’opportunité de se faire connaitre du public français, notamment en assurant les premières parties des concerts de Eddy de Pretto. De manière globale, le public très réceptif de la Luciole a eu affaire à des artistes à la fois fascinants et originaux.

Nicolas FIVEL

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