Un écran, quatre murs, des fauteuils dans une salle sombre, c’est ainsi que l’on a l’habitude de définir une séance de cinéma. Pourtant, ces dernières se présentent parfois sous une autre forme et dans un autre lieu. Un film est toujours projeté, il y a toujours ce grand écran et les specteurs.trices mais le lieu est totalement différent. Fini les salles obscures, la projection se tient en extérieur et donne ainsi une séance de cinéma en plein air.

Lors de la saison estivale, de plus en plus de diffusions de ce type sont mises en place, à La Vilette à Paris ou encore à Marseille où plusieurs événements organisent des séances jusqu’à mi-septembre ; à Nantes avec en ce moment Aux Heures d’Été, un festival de culture d’ici et d’ailleurs ; Lyon avec, là aussi, de nombreux festivals et Bordeaux (ainsi que toute la région Aquitaine) dans le cadre du festival de cinéma Cinésites.

Parfois, on peut assister à ces projections, sans même quitter sa voiture. Aux États-Unis où ils sont apparus en passant par le Canada et jusqu’en l’Europe, ces « drive in » se sont progressivement étendus. Également appelées ciné-parc, ces séances en extérieur sont mises en place de manière à ce que la toile soit située à côté d’un parking. (Selon Wikipédia, le drive du fast food serait même inspiré de ces séances).

 

Ciné-Parc GRAND
Ciné-parc

Si ces dernières, auxquelles il est possible d’assister en restant dans son auto se font rare, celles en plein air continuent d’exister et sont en plein essor, particulièrement en cette saison estivale.
Selon Arnaud BÉRARD, le responsable technique des projections plein air au Cinéma Lux, un cinéma qui est situé à Caen en Normandie, l’objectif de ces séances est « de rénover la tradition du cinéma primitif ». Il précise: « les premiers films étaient diffusés dans les foires, les cirques », pour lui « se retrouver en extérieur avait quelque chose de magique ».

Qu’il y ait beaucoup ou pas beaucoup de personnes, peu importe la jauge parce que cela a été étudié en amont par les organisateurs : des cinémas mais aussi et souvent des municipalités ou des agglomérations de communes désirant agrémenter les animations ou festivals qu’elles proposent. Gauthier LABRUSSE, le directeur du cinéma normand classé Art et Essai suggère que ces séances hors-les-murs servent à « achever une journée populaire ». Au sujet de ces séances, Arnaud explique que les projecteurs utilisés sont les mêmes qu’en salle. Pour lui, chaque projection comme celle-ci représente un défi technique. C’est vrai qu’à l’origine les conditions ne sont pas les mêmes mais une fois la mise en place effectuée, cette séance devient semblable à une en salle. Pour cette diffusion en extérieur, un film est donc choisi et pour le responsable technique du cinéma caennais, la sélection du long-métrage a une influence sur le public : «il est plus sensible aux choix en plein air qu’en salle ».

 

LES YVELINES FONT LEUR CINEMA
Projection plein air à Trappes en Août 2012. C’était dans le cadre du festival LES YVELINES FONT LEUR CINEMA. Photographie Christophe TAAMOURTE

 

Alors qu’aujourd’hui le streaming est en plein essor, ces projections « nouvelle formule » viennent à l’encontre de ce mode de visionnage contemporain: au lieu d’être seul chez soi, avec son film, les spectacteurs.trices sont à plusieurs et en extérieur. Ce serait même à cause du nouveau moyen de consommer les films que ces soirées gratuites sont organisées. Gauthier LABRUSSE, directeur de cinéma explique que le but de ces séances est d’attirer le public vers les salles mais surtout « d’aller vers lui, de le reconquérir et le renouveler ». Elles sont gratuites pour nous mais ont un coût pour les organismes les proposant, il confie que chacune de ses diffusions externes coûte entre 2 000 et 2 600 euros (2 300 en moyenne) ce tarif varie en fonction des efforts financiers faits par les structures qui organisent les événements.
Comme les personnes sont de moins en moins présentes dans les cinés, ces séances sont proposées et contrairement au cinéma habituel, il n’y a pas besoin de payer. En effet, l’administrateur du Cinéma Lux annote qu’en principe, sur ces projections non commerciales : « il n’y a pas de participation à fournir ». À Paris, au Parc de La Vilette, les séances plein air sont également gratuites, les seuls frais possibles sont ceux de location d’un transat et d’une couverture. Pour ce qui est de la prise en charge financière de l’événement, Carole POLONSKY, attachée de presse à La Vilette, rappelle que c’est le porte-monnaie du lieu culturel parisien qui est prélevé.

Les projections plein air, des guides touristiques

En cette saison estivale, saison de festival, plusieurs événements de cette forme sont organisés partout en France. À Nantes notamment, le festival Aux Heures d’Été, sur les cultures d’ici et d’ailleurs, est programmé jusqu’au 17 Août. C’est un rendez-vous principalement musical comportant également des projections en plein air itinérantes qui s’installent dans différents lieux de la ville: l’Hippodrome mais aussi d’autres endroits moins visibles comme les parcs. Une fois par semaine, le festival propose une diffusion de film et parmi les longs métrages à l’affiche : Un Vent de liberté, une production iranienne projetée à Nantes, la séance aura lieu au parc de la Méta le 1er Août vers 22:15. Autre film prévu, Paris la blanche, un road-movie algéro-parisien de Lidia TERKI, sera diffusé sur le champ de courses le 8 Août au soir. Ces séances en extérieur se déroulent dans le cadre de ce festival de rencontre de cultures et selon les mots d’Antoine BOITEUX, chargé de communication numérique de l’événement, cela permet de découvrir la ville et le moment est convivial.

 

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Projection plein air lors du festival Aux heures d’été  édition 2018. Il se tient à Nantes jusqu’au 17 Août.

Durant les 6 semaines, les recoins de la cité nantaise sont observables par plus de personnes mais cette fonction de guide touristique n’est pas la seule raison pour justifier l’organisation de ces séances. Des projections hors salles de ciné sont organisées à La Vilette cet été et Carole POLONSKY, attachée de presse pour ce lieu culturel parisien raconte que « cela permet aux jeunes et aux moins jeunes de découvrir des films. Il y a une volonté de programmer des films divers, qui soient aussi bien pour les cinéphiles que pour ceux qui ne vont pas au ciné, cela permet de passer une bonne soirée ».
Une bonne soirée dans une ambiance « chill, à la cool, décontractée » comme elle a pu la décrire et selon elle, le public est plus réactif au film dans ces conditions, en extérieur ». Chaque année, Carole remarque que parmi les dizaines de milliers de personnes, il y a de l’ambiance, ça vie, ça bouge. Le fait d’être à l’air libre apporte une grande différence vis-à-vis de la relation avec ses voisins, elle note avec humour que l’on peut y manger son pop corn sans avoir de mauvaise réflexion.

De nos jours, les spectateurs quittent les salles de cinéma tout comme le septième art qui, grâce à différentes structures, se déplace partout en France et cela permet de proposer des projections originales, au Havre par exemples, la ville accueillera en décembre des séances de ciné-piscine ou encore de ciné-patinoire.

 

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