Et si nous partions dans une autre sphère musicale à la rencontre de YUMI et MOONBOY, les hôtes d’un Royaume un peu particulier au cœur électro pop et sensationnel. Alors qu’ils finalisent leur performance du week-end prochain pour le festival Rock En Seine à Paris, notre curiosité nous a amené à découvrir il y a quelques semaines un duo marquant à lire absolument. Ce que vous allez ici lire est la passion de deux êtres envers la musique, l’art de l’ouïe.

Royaume a accepté de répondre à notre appel depuis les locaux de leur label [PIAS] à Paris.

Vous avez aujourd’hui bâti ensemble votre duo Royaume qui contient un EP nommé « Again » qui arrive tout juste un an après le gros succès de votre titre Blue Asphalt. Est-ce vous pensiez lorsque vous vous êtes lancés dans la musique traverser l’ascension que vous vivez aujourd’hui ?

MOONBOY : Concrètement, au début non ! Je me rappelle même avoir dit  à YUMI : « Avec le genre de musique qu’on fait, en étant français, en France, on va galérer », et finalement ça ne s’est du tout pas passé comme on pouvait le croire. On a été ultra surpris de tout ce qui s’est passé autour de Blue Asphalt. On avait mis le morceau sur SoundCloud, on n’avait pas de manager, pas d’équipe, on avait rien et avec un peu de chance, le truc est parti et il y a eu ces mecs qui passent leur temps à chercher des nouveaux artistes à kiffer qui nous ont repéré et ça a fait boule de neige ; on ne s’attendait vraiment pas à vivre ça. Sincèrement, on était bouche bée.

Avec Blue Asphalt, et l’EP qui arrivera ensuite on découvre pleinement votre univers. Cette musique électro pop, cette pop à la voix un peu robotisée, cette pop romantique, une pop également engagée. Comment est-ce que vous caractérisez votre sphère musicale ?

YUMI : C’est clairement pour nous de l’électro pop avant tout.

MOONBOY : C’est à la fois une volonté et un effet naturel qui est venu seul. C’est vrai qu’on essaye d’avoir notre identité naturelle au sein de l’électro pop et d’avoir un son reconnaissable qui nous est propre. On fait partie d’une famille musicale avec notre singularité !

Tu évoques MOONBOY une certaine recherche d’identité, quelles sont les ingrédients majeurs qui vous ont permis de construire votre premier EP ?

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pochette de l’EP

YUMI : Il y a des mélodies assez pop / une prod’ assez épurée / un goût naturel / et puis les harmonizers, et des mélodies mélancoliques. On aime beaucoup les guitares atmosphériques ! C’est plein de petits détails, mais on aime bien ça nous.

 

MOONBOY : Les harmonizers c’est ce qui fait l’effet robotique que tu parlais justement. On a de nombreuses fois lu dans des articles qu’on utilisait des vocoders et ce n’est pas du tout le cas. Avec la technique de l’harmonizer, YUMI chante, je mets l’effet par-dessus sa voix, puis je joue ce que je voudrais entendre.

Qu’est-ce que ça apporte à votre musique d’utiliser un harmonizer ?

MOONBOY : Une identité !

YUMI : Puis ça apporte ce côté étrange, et je trouve que ma voix est un peu trop émotionnelle et ça nous permet d’enlever son côté trop larmoyant. Ça donne ce résultat chaud/froid. Ça rajoute de la profondeur et de l’épaisseur.

MOONBOY : Ça enrichit dans tout ce qui est véhiculé par la voix, c’est vrai qu’YUMI véhicule un son naturellement assez mélancolique même si la mélodie ne l’est pas et pour le coup, le fait de rajouter l’harmonizer permet de ne pas rester sur le même ton. Et pour moi, il y a un grand intérêt dans la prod et dans la recherche. Ça créé un tout autre son.

Ce duo est constitué d’une duchesse franco japonaise nommée YUMI et d’un duc 2.0, nouvelle génération ; MOONBOY. Comment est-ce que vous vous êtes rencontrés et comment un jour vous vous êtes dit : « On va faire de la musique ensemble » ?

YUMI : On s’est rencontré lors d’une soirée et on a échangé autour de nos goûts musicaux. Avec MOONBOY on s’est très vite rendu compte qu’on avait des goûts en commun qui ne sont pas forcément mainstream, puis Fred (MOONBOY) cherchait une chanteuse pour un autre projet et il m’a demandé de venir faire des essais chez lui. Moi j’étais là en mode : « Bon, le producteur qui te dit de venir à la maison faire des essais, c’est un peu classique, et on connaît la suite », mais à la fin, j’ai accepté et ça c’est ultra bien passé ! Avec cette rencontre, le plus important c’était pour que Fred entende comment ma voix sonnait enregistrée et pour moi c’était aussi la première fois que j’entendais ma voix dans des conditions professionnelles.

Cela fait combien de temps que vous vous connaissez désormais ? 

YUMI : Eh bien ça fait  2 ans…

ROYAUME : …Nan, 3 ans et demi !

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pochette du single If We

Maintenant que les bases sont posées, on va se diriger vers le noyau de vos créations. Avec le premier clip If We, vous portez à travers votre art une musique au clip engagé. Qu’est-ce que cela représente pour toi YUMI, aujourd’hui, de te positionner clairement en tant qu’artiste comme une certaine plus ou moins porte parole de la déconstruction du type féminin ?

YUMI : C’est un peu ambitieux comme termes car je ne sais pas si ce que je fais mérite une telle dénomination, mais j’ai totalement conscience de ma position de femme et que mon discours peut être encore plus agité en rapport de mes conditions. Après, je ne suis pas pour autant dans la revendication, car je ne fais pas un truc de malade. Je fais de la musique, j’essaye d’en parler dans mes textes, dans mes clips, c’est assez humble comme contribution.

Je pense justement que c’est dans les contributions les plus humbles quotidiennes et ordinaires qu’on peut faire évoluer les choses.

Je pense que ci chacun faisait un petit quelque chose envers une cause, etc., ça pourrait faire vraiment changer la condition des femmes par exemple. Mais je n’ai pas l’impression de faire un truc incroyable. Je trouve que c’est normal ! C’est ce que tout le monde devrait faire à son niveau, avec le médium qu’il a à sa disposition.

 

Tu parles d’un acte que tu juges être humble, pourtant dans ce même clip, on voit une poupée Barbie se faire secouer par d’autres femmes qui portent au dos de leurs sweats les noms de femmes engagées, comme Malala, Yoko… Comment est-ce que tu, vous les avez sélectionnées, car ce détail n’est pas anodin ?

YUMI : Parce que ce sont des femmes qui à un moment ont été inspirantes. J’ai mis ces femmes-là comme j’aurais pu mettre ma meilleure amie ou ma grand-mère. Le but était de mettre des femmes inspirantes. Tout comme les filles présentes dans le clip qui ont une vie à côté et qui à leur sens et leur manière sont inspirantes. Le message du clip d’If We est de dire que tout autour de nous il y a des modèles de femmes inspirants. Ce sont mes modèles à moi et tout le monde en a, même votre sœur peut être votre modèle.

(c) Sarah Desti

(c) Sarah Desti

Avec ce premier clip, vous annoncez un peu la couleur. Royaume n’est pas là uniquement pour divertir, mais aussi dans une manière plus ou moins implicite apporter une certaine réflexion. Qu’est-ce que cela signifie pour vous être artiste en 2018 ?

MOONBOY : Ta question n’est vraiment pas facile. Ça englobe plein de choses et pas seulement en 2018. À la base on fait généralement tous de l’art de manière relativement non réfléchie. C’est un besoin naturel. Par la suite, on peut l’utiliser pour véhiculer certains messages. Pour moi, ça importe beaucoup, mais il y a plein d’artistes qui préfèrent mettre l’accent sur leur vie, leur parcours et c’est tout aussi respectable.

C’est la base de l’art quelque part, les gens font une sorte de psychanalyse à travers une forme artistique.

En parlant de toi-même et de ton expérience, tu parles aussi des autres et de l’être humain en général. Je ne sais pas si je réponds à ta question. Aujourd’hui, j’ai l’impression et dans les faits, on voit que l’art s’est vachement industrialisé, même dans celui qui n’est pas censé l’être à la base comme la peinture, par exemple. Il suffit qu’un collectionneur connu s’intéresse à quelque chose puis tout le monde va se battre pour l’avoir que ce soit qualitatif ou non. L’art en 2018 est assez dévoyé et manque de sincérité et je te parle en règle générale.

Avec une telle réflexion, comment est-ce que vous vous êtes positionnés par rapport à votre musique et le modèle de distribution actuel de la musique ?

MOONBOY : On a décidé avec ce projet de faire ce qu’on voulait vraiment faire, pas de compromis, on fait exactement ce qu’on a envie de faire et c’est sur cette base que s’est créée Royaume. On fait ce qu’on veut et si on galère tant pis, ce n’est pas le plus important.

 

Heureusement pour vous, votre lancement a été incroyable et le 2 mai dernier, vous avez sorti le clip du titre qui donna son nom à l’EP. Pour une seconde fois, on retrouve un clin d’œil à la culture japonaise, ici, c’est l’utilisation de la pratique du shibari, comment expliquez-vous la présence de cette pratique dans votre clip ?

MOONBOY : À la base c’est le groupe de prod qui a produit le clip qui nous a proposé de faire un truc avec le shibari et on leur a dit qu’on trouvait ça vachement intéressant si ca nous permettait de poursuivre le message qu’on avait commencé à divulguer. À travers l’utilisation de cette pratique sexuelle japonaise on voulait inverser les codes et utiliser un mec car habituellement c’est une femme qui est ficelée.

YUMI : On voulait inverser les représentations habituelles du corps féminin qui est souvent dénudé dans les musiques, la mode etc., et là c’est à l’occurrence un corps d’homme et  on a trouvé une occasion de poursuivre le message et montrer que c’est tout aussi beau le corps d’un mec.

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capture d’écran extraite du clip Again de Royaume

MOONBOY : La femme c’est autre chose qu’un corps et on voulait mettre un peu de justice dans cette balance en mettant un mec à la place.

Le clip est très bien réussi et les plans rendent très bien à l’écran. Ce serait une erreur de quitter ce voyage sans évoquer les paroles, comment se déroule le processus de création de vos textes et la composition musicale ?

YUMI : On n’a pas vraiment de règle, MOONBOY peut commencer à m’envoyer une mélodie puis j’écris le texte ou parfois je trouve une voix, une mélodie sans rien de plus et MOONBOY s’occupe de la prod après ; il n’y a pas vraiment de règle, on est libre et très ouvert. Le plus important, c’est qu’on se complète à toutes les étapes de la création.

MOONBOY : On se donne des conseils sur ce que chacun fait à tout niveau de la création. Il y a beaucoup de ping-pong entre nous. Parfois, il suffit juste qu’on soit ensemble et que je chope ma guitare pour qu’on compose quelque chose à deux. Quant à l’inspiration ça peut venir n’importe quand et n’importe où. Parfois, j’entends un morceau et ça me donne une idée, en mode : « Ah, c’est bien, mais ça n’aurait pas dû être fait comme ça », parfois, je peux être dans le métro et une mélodie me vient et il arrive  même ce cas où c’est dans un rêve et dans ce cas je m’empresse de me réveiller pour la chantonner et l’enregistrer au dictaphone.

YUMI : Moi l’inspiration naît surtout via des sensations, des odeurs ou même des bruits, la chaleur comme le froid ou encore des souvenirs. Je peux croiser des gens en rentrant de soirée et ça nourrit chez moi une certaine sensation qui va nourrir à son tour notre esthétique.

Il y a finalement chez vous cette réelle recherche de la sensation et de l’émotion.

MOONBOY : C’est ultra important. Pour nous, c’est l’essence même de la musique et c’est le p’tit truc qui fait partie de la beauté de la chanson.

Toutes les émotions peuvent être partagées à travers la musique et c’est ça qui est beau.

Quelle-s émotion-s avez vous envie de partager ?

YUMI : La mélancolie, mais surtout parce que c’est une émotion profonde.

MOONBOY : J’ai l’impression que l’émotion la plus profonde, la plus forte que l’on puisse véhiculer à travers la musique est la mélancolie. Typiquement, quand tu entends une ballade qui est super belle, elle te retourne la tête alors qu’une musique qui va te donner envie de danser ; ouais, tu vas être content, tu vas danser, mais ça ne reste qu’en surface.

Il y a peu vous montiez sur scène faire les 1res parties de M∅me ou encore en Belgique au Festival Ronquieres le 4 août dernier. Où est-ce qu’on pourra vous retrouver prochainement sur scène ?

ROYAUME : Eh bien ça sera le 25 août prochain sur la scène de Rock En Seine à 20 h 50 ! On a tellement hâte d’y être !

>>>Check ta place pour Rock En Seine et matter Royaume en cliquant ici <<<

Ce phoner arrive à sa fin, mais l’album j’espère ne va quant à lui pas tarder, est-ce qu’on connaît la date, une pochette, un indice ..

ROYAUME : La date est inconnue, la pochette est définie mais secrète pour le moment. [rire] On partirait sur un début 2019, mais on ne sait pas trop encore, cela dépend de beaucoup de paramètres !

[rire]
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