Be Proud !

 

Moonlight, film percutant de Barry Jenkins parcourt l’histoire d’un jeune adolescent noir homosexuel issu d’un quartier pauvre de Miami, où règnent la misère, la délinquance et la drogue. De son enfance jusqu’à l’âge adulte : ce jeune noir se cherche une identité, la sienne. Une recherche compliquée dû à l’absence de repères parentaux et une difficulté de s’assumer qui fissurent le jeune, lui qui à son âge cherche sa place dans la société. C’est à travers une fiction à trois teintes que le réalisateur nous expose avec ses filtres le monde, la réalité de cette jeunesse. Film d’apprentissage, film engagé, film LGBT, film afro… Moonlight possède tant de titres. « Epoustouflant » pour Vanity Fair ou encore « Superbe » pour GQ, nommé meilleur scénario adapté ou encore meilleur film par l’Academy Award en février dernier, Moonlight est le film de l’année 2017 de la rédaction.

Moonlight

ASHTON SANDERS DANS LE RÔLE DE CHIRON © MARS FILMS

Moonlight ou la difficulté de s’exprimer. Qui es-tu Chiron ?

 

Au début du récit, on fait la rencontre de ce jeune avec une première séquence assombrie par le trafic de stupéfiant et la violence dont il en est la victime. Il court pour se réfugier, s’isoler et quitter ce monde où il ne trouve pas sa place, ce monde qui le violente. Little, puisque c’est son nom au début du film est un jeune garçon pas comme les autres. Il n’aime pas se battre et est passif de toute l’animosité qui se manifeste autour et contre lui. Une animosité à la fois de ses camarades de classe mais également de sa mère. Son père est absent et n’est pas vraiment mentionné dans la fiction. Tout au long du film, Little devient Chiron, et Chiron devient à son tour Black. Perdu déjà par ce contexte social et familial, ce jeune n’a pas vraiment d’identité fixe. Il est changeant, changé et tout cela contre sa volonté. De plus, nous retrouvons cette idée de multiples facettes et de fissures grâce à l’affiche du film qui  est formée de trois morceaux représentant Little, Chiron et Black sous trois teintes nettement distinctes et par les trois acteurs interprétant le personnage à différents moments de sa vie.

Chiron se retrouve donc comme enfermé dans une grille où il ne peut en sortir. Cependant, très vite, un homme nommé Juan, viendra le sortir de son enfermement pour en faire un tout nouveau jeune et c’est grâce à cet homme puis celle du personnage de Teresa interprété par Janelle Monáe que Little va prendre en force et courage et va ainsi commencer à s’accepter, s’émanciper et s’épanouir.

 

“Un jour tu devras choisir qui tu as envie d’être.

Personne ne pourra le décider à ta place.„ – Teresa

 

Chiron ne sait pas du tout qui il est dans cette société et cela est notamment provoqué par des attirances sexuelles qu’il manifeste très jeune. C’est seulement grâce à Teresa et Juan et leurs messages d’acceptation de soi que Chiron acceptera sa sexualité telle qu’elle est. Etre un homme noir et gay n’a rien d’évident dans un milieu où règne la violence.

Moonlight

ALEX R.HIBBERT DANS LE RÔLE DE LITTLE / MAHERSHALA ALI DANS LE RÔLE DE JUAN © MARS FILMS

 

Barry Jenkins : « Des jeunes me disent que « Moonlight » les a aidés à accepter leur homosexualité.»

 

Moonlight, par sa construction réaliste, et un récit sans artifice, reflète la vie d’un jeune homosexuel noir souffrant d’une instabilité familiale et économique. Pour autant, ces sphères sociales et économiques ne sont aucunement mises en scène comme étant la ««cause»» de l’homosexualité de Chiron. Barry Jenkins montre toute la difficulté pour cette jeunesse afro-lgbt de s’exprimer et de se revendiquer dans une civilisation noir qui ne partage pas ces codes. Sa différence, à cause des autres, Chiron la vit comme un problème, un rejet. Déjà brutalisé, il se retrouve nettement plus marginalisé par les autres adolescents. Sa sexualité est un problème pour son entourage et il ne trouvera que trois moments dans le film pour se libérer. Trois uniques moments où l’on verra Chiron vivre et être apaisé.

 

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Chiron est tout autant brisé à l’intérieur comme à l’extérieur et sa vie n’évoluera pas beaucoup. De nombreuses critiques sont faites au film comme étant pessimiste. Nous ne pouvons dire si le film est si pessimiste que cela, ce qui est clair est que cette fiction met en scène la réalité sur ce qu’être noir et homosexuel ainsi que toute la difficulté de s’exprimer à laquelle cette minorité fait face dans leur vie dû à une éducation différente. Ainsi, le jeune afro-lgbt se retrouve emprisonné par les conventions familiales et hétéro/afro-normées.

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TRAVENTE RHODES DANS LE RÔLE DE BLACK © MARS FILMS

 

Il y aurait encore tant à dire sur Moonlight… ce film est réaliste, il expose la réalité comme telle. Oui, être noir et homosexuel, c’est une réalité encore dure à accepter et à tolérer pour une partie de la communauté noire. Comme l’a dit la réalisatrice d’Ouvrir la voix, Amandine Gay au magazine Têtu : « Il y a toujours cette idée selon laquelle l’homosexualité serait un truc de Blancs. » et des personnages comme Chiron en sont les premières victimes. Victime de cette violence, victime de cette cruauté, de cette marginalisation et de cette fatalité. Vous ne serez sans doute pas joyeux.ses à la fin du visionnage de Moonlight, mais au moins, il vous fera ouvrir les yeux sur cette jeunesse noire, homosexuelle et vulnérable.

Moonlight est de nouveau à l’affiche dans les cinémas UGC participants au programmes 《 Les films incontournables 》 du 17 au 23 Janvier.

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