Annoncée depuis plusieurs mois, la série Kidding promet d’être un objet télévisuel unique sur lequel il faut se pencher. Réalisée par Michel Gondry et menée à l’écran par Jim Carrey, elle raconte l’histoire d’un célèbre animateur d’une émission pour enfants qui voit sa vie s’effondrer après le décès de son fils puis le départ de sa femme.

Ce projet est d’autant plus intéressant que les deux artistes ont déjà collaboré pour le film récompensé du meilleur scénario original en 2004, The Eternal Sunshine of Spotless Mind où déjà la rencontre de l’univers de Gondry avec le jeu de Jim Carrey donnait au film une atmosphère nostalgique et bouleversante.

Ils ont également en commun de se lancer pour la première fois corps et âme dans une série télé (si l’on excepte quelques apparitions furtives de Jim Carrey dans des séries comme 30 Rock ou The Office)

Le premier épisode d’environ 30 minutes donne immédiatement le ton de la série : un sentiment étrange de s’immiscer dans un monde où comédie et drame coexistent.

Jim Carrey incarne Jeff Picirillos, alias M.Pickles, la star d’un show télévisé pour les enfants. M.Pickles est un être optimiste et pédagogue, entouré de nombreuses marionnettes colorées. Et quand il quitte les studios, il redevient Jeff un père de famille aimant. Quand la série débute sa vie est déjà bouleversée : un de ses fils est décédé et sa femme le quitte peu après le drame.

On découvre assez rapidement que de nombreux points communs existent entre Jeff et son alter-ego télévisuel : leur optimiste et leur désir de transmettre des valeurs aux enfants. Ressemblance qui va se renforcer avec le tournant tragique que prend sa vie. Personnage foncièrement positif, il va essayer de garder la tête hors de l’eau même si le processus de cicatrisation s’avère compliqué. Son père est le producteur l’émission et sa sœur s’occupe des marionnettes, il  est donc impossible pour lui d’échapper très longtemps à la réalité de son existence.

Au travers de ces 30 premières minutes, on découvre un entourage qui va à l’encontre de ses désirs d’optimisme : une femme qui ne veut plus avoir affaire à lui, un père qui refuse de réaliser une émission centrée sur la mort (dans le but de rassurer les enfants sur ce sujet), un enfant qui en veut à ses parents… Chacun lui rappelle que M. Pickles est un personnage à part qui ne doit pas vivre et ressentir ses drames personnels.

C’est grâce à cette tension permanente entre son personnage fictif, son entourage et lui-même que la série arrive à alterner entre la comédie douce (il ne s’agit pas de fous rires) et le drame personnel. Michel Gondry brouille volontairement les frontières entre les deux genres sans qu’on sache réellement si le rire va l’emporter sur le drame ou vice-versa. Cela donne lieu à quelques scènes cocasses où Jeff casse de rage un robinet en voyant son ex-femme avec un autre homme ou encore quand Will, son enfant, emmène un essaim d’abeilles sur la tombe de son frère pour empêcher les gens de s’y rendre.

L’épisode est également ponctué par des comptines chantées par M. Pickles (sur l’amour, la peur, la perte d’un être cher) accentuant l’ambiance mélancolique et poétique propre à Michel Gondry et que Jim Carrey sublime à l’écran par son interprétation juste et émouvante, proche d’un clown triste.

Ce premier épisode est efficace, touchant et prometteur : reste à savoir si Kidding s’orientera davantage vers la comédie ou le drame ou si le réalisateur continuera à jouer l’équilibriste tout le long de la saison.

Diffusée sur Showtime depuis début septembre, Kidding est diffusée en France sur Canal + Séries.

Le premier épisode est disponible également en VO gratuitement sur la chaîne Youtube de Showtime : 

 

Photo « Kidding » : Propriété de la chaîne Showtime

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