Jean Thevenin est plus communément connu sous le nom de Jaune. Avant de parler de son nouvel EP, c’est intéressant de savoir un peu son identité, qui il est, et la grande interrogation tourne autour de ce nom de scène « Jaune » !

Ce nom Jaune est arrivé quand j’étais étudiant. J’étais à côté de mes études animateur en centre de loisirs en théâtre à Paris. Il y avait beaucoup d’enfants étrangers et beaucoup d’entre eux étaient algériens. Ils ne parlaient pas très bien français, et ne parlaient quasiment qu’arabe. Il se trouvait qu’un d’entre eux n’arrivait pas à prononcer mon prénom Jean. Quand il voulait m’appeler ; par difficulté de prononciation, il m’appelait : « Jaune, Jaune ». Petit à petit, tout le centre de loisirs a commencé à m’appeler Jaune et sachant que c’était l’époque où je commençais la musique, je me suis dit que j’allais garder le prénom que m’ont donné les enfants.

 Tu étais en centre aéré avant, alors pourquoi ce basculement pour la musique ? 

Mon beau-père a été prof de musique au collège, et avec mon frère et ma sœur, on a tous un peu baigné dans la musique. La musique était dans la famille et c’était une chose normale, de notre quotidien de pratiquer d’un instrument, et moi, j’ai choisi la batterie. J’avais l’impression que le batteur était celui qui s’amusait le plus dans un concert.

Tu as des batteurs qui t’ont fait tripé et qui t’inspirent, ou c’était une pratique assez autodidacte ? 

J’avais vu petit un documentaire sur Max Roach, batteur de jazz, qui a fait notamment l’album Money Jungle. J’ai adoré ce documentaire sur cet homme, car il y avait un côté très intellectuel, et j’aimais bien la manière dont ça décodé la nature du batteur qu’on voit un peu comme un être brutal et stupide. Max Roach, c’est un intellectuel, un poète, un mélodiste. Sur sa batterie, il a une approche très picturale et je pense que c’est mon batteur préféré.

Tu as été batteur dans plusieurs groupes, Petit Fantôme, Toy Fight, comment est-ce que tu te retrouvais dans tous ces projets musicaux ? 

J’ai fait qu’un album avec Toy Fight et Petit Fantôme. J’ai joué sur leur album, mais je ne l’accompagne pas en live. Il y a eu cette période où j’accompagnais beaucoup de groupes en live, quand j’avais 25 ans. Je jouais avec 8 groupes différents et c’était très compliqué de jongler. Maintenant, je le fais très peu, je me consacre au projet Jaune, et depuis très peu, je fais de la batterie sur scène. On est deux, je joue avec mon cousin, Bumby et on tourne autour de la batterie et du clavier.

La musique est un patrimoine familial chez vous ? (rire)

Totalement. Avec ma mère, aux repas de famille, il y a toujours quelqu’un qui chante. Pour l’anecdote, quand j’étais petit et qu’on partait en vacances, ma mère et mon beau-père payait certaines vacances comme ça. On mangeait dans un restaurant, et parfois, ils commençaient à chanter quelques morceaux et souvent ça durait une heure. Ca payait l’addition. (rire). C’est pas mal pour aller en vacances. Ahaha

C’est pratique en effet !! (rire), Il y a deux ans tu as toi-même assumé ta voix, et tu as sorti un premier album La Souterraine. Tu avais besoin de t’exprimer par le chant ? 

J’avais envie de faire des choses plus personnelles, je pense. Je voulais m’affranchir d’une certaine timidité. Je pense que j’ai aussi voulu faire de la batterie à cause de ça. La batterie me permettait d’être toujours derrière. On est au fond de la salle, et on est protégé par ce gros instrument, et je pense que j’ai voulu m’affranchir de ça pour aller plus proche du public. Je voulais ne plus avoir le bouclier de la batterie.

Tu es à l’aise maintenant sur scène ? 

C’est un travail en cours. J’ai des copains comédiens qui m’ont un peu coaché. Lors de mes premiers concerts, j’étais incapable de regarder les gens, je fixais mes chaussures.

Pourtant, tu as fait du théâtre !?

Tout à fait, mais ce qui est difficile est de jouer ses morceaux sur scène. C’est assez personnel et intime. J’avais du mal à me lancer. Au bout d’un moment, mes amis m’ont permis de séparer l’interprète de l’auteur. Quand je suis sur scène, je ne veux plus me considérer comme auteur, mais plus comme un interprète. Je veux pouvoir jouer avec mes morceaux.

Tu as sorti un EP le 18 janvier dernier qui se nomme « La Promesse ». Tu m’as complètement scotché avec cette musique entre ciel et terre, bleu et rouge. Qu’est-ce que tu as voulu partagé et raconté, à travers cet EP ? 

C’est difficile de mettre des mots précis là-dessus. /aparté/ Je vais dire des choses personnelles, car quand on parle de sa musique, on est un peu obligé de parler de soi. // ces 5 morceaux ont été écrit au moment où je suis reparti vivre avec mon père, car il était en train de perdre la mémoire. C’étaient les derniers moments où je pouvais parler avec lui. Je voyais sa mémoire partir. C’était une manière pour moi de me reconnecter avec l’enfance, c’était le seul vrai moment qu’il gardait en mémoire. Quand on approche de la fin de vie, ce sont souvent ces moments-là qui restent et qu’on se remémore.

Le titre Buenos Aires était un voyage passé ?

J’avais fait un mois là-bas, et j’ai passé un séjour incroyable. J’ai un ami qui m’avait prêté un studio. Je composais tous les jours. J’ai adoré cette ville, son ambiance, l’architecture, les gens, la scène musicale. Il y a beaucoup de concerts électroniques et souvent, ils y rajoutent des percussions. Ce mélange électro – percussions m’a beaucoup parlé.

Ce n’est pas le seul morceau composé à l’étranger. Il y a beaucoup cet esprit de voyage avec tes titres, et clips. Dont celui fait à New-York

En tant que musicien, je suis amené à beaucoup voyager, j’aime ça. J’étais dans plusieurs groupes en tant que batteur et je tournais avec eux. C’est une chance énorme, et c’est à la fois très inspirant.

Un pays t’a particulièrement touché ?

Un qui m’a particulièrement touché était la Nouvelle-Zélande, il y a un an. On est à l’autre bout du globe,  et c’est un pays qui m’a totalement fasciné, puisque j’ai rencontré des gens qui ont prolongé leur utopie des années 60-70 des anciens hippies. Ils ont trouvé le moyen de vivre en harmonie avec cette vie, en vivant au milieu de nul part, avec leur jardin, leurs poules, et leurs chargeurs solaires pour vivre. On a rencontré des gens comme ça dans la forêt, et ça m’a fasciné.

Pour parler de tes textes plus particulièrement, d’où est-ce dont te vient cette inspiration ?

La plupart des textes ont été écrits seul, mais pour certains, j’avais des blocages. Et je ne sais pas pourquoi, mais sur le titre Juillet par exemple, je l’avais écrit au piano en anglais. J’avais vu le film Detroit avec de la musique un peu soul sur les violences policières, et le soir en rentrant au studio, j’ai voulu faire ça. Sur le piano, le texte me venait en anglais, mais je ne voulais pas de l’anglais alors j’ai gardé ce morceau et j’ai demandé à François Atlas et Judah Warsky d’écrire un texte dessus en français.

Pourquoi ce rejet de l’anglais ? 

J’aime beaucoup chanter en anglais et j’aime la sonorité de cette langue. Le problème est que je suis vraiment nul en anglais, et je ne comprends pas ce que je dis. J’ai l’impression de ne pas être sincère. Le français est ma langue maternelle, et je me dis que c’est des mots où je comprends le sens.

Qu’est-ce que tu dis dans tes titres alors ?

Je serais bien mal en peine de dire précisément. Je pense que j’essaye de parler de ressenti par rapport au monde, essayer de mettre le doigt sur certaines sensations. C’est compliqué de dire, et l’association des mots et de la mélodie, permet d’accéder à un troisième stade qui est ni le sens du mot précis, ni de la mélodie, mais qui est

Un état ?

Voilà !

C’est très intéressant !

Tes vidéos sont très particulières, car tu faisais quelque chose de très rétro au début, il y avait cette aspiration très 8Os dans ta manière de faire des clips comme dans le titre (Please) Don’t Blame Mexico

Ah, super, tu as vu ce clip ? (rire)

Oui oui, aha, c’est assez curieux, car tes débuts sont très rétros et maintenant tu proposes des clips ultra modernes, contemporains. Pourquoi ce basculement ?

Quand j’ai fait ces clips-là, je découvrais la vidéo, le cinéma, comme les films de Jonas Mekas, les films en Super 8, ce clip, était très influencé. Et à force, j’ai voulu faire quelque chose de plus personnel. Le but n’est pas de se limiter à un artiste.

Tu fais des clips très pluridisciplinaires. Il y a de la musique, du cinéma, et il y a ce rapport à la danse comme dans le clip de Procession, t’aimes à ce point la pluridisciplinarité ? 

J’adore ça ! Il y a un moment, je faisais des performances avec des ami.es danseurs.euses, et sur ces performances, on mettait : un danseur, une batterie, le public en cercle. La semaine dernière, j’ai vu un spectacle qui m’a bouleversé d’Erwan Larcher. C’est un artiste qui sort de l’école de cirque, et son spectacle est le mélange d’un concert, de danse sur scène, et de cirque. Je me suis demandé pourquoi on fait des concerts qui sont simplement de la musique. Pour le concert au Hasard Ludique, le 6 février prochain, j’ai joint des artistes divers et on va essayer de réfléchir le spectacle autrement qu’un moment où je chante seulement mes morceaux.

Finalement, on quitte la fonction de représentation pour celle du spectacle ? 

J’aime beaucoup le spectacle au sens large. J’aime bien que le public soit surpris et qu’il puisse repenser au spectacle même une semaine après.

Et on va pouvoir découvrir tout ça le 6 février prochain ?

Je ne vais pas tout dévoiler, mais j’ai invité pleins d’artistes de champs artistiques divers pour qu’il y ait une surprise !

Après le 6 février prochain à Paris, où est-ce que l’on pourra te retrouver ? 

Je vais jouer à Bordeaux à l’IBOAT le 25 février, et j’espère plusieurs dates cet été, je touche du bois.

C’est bien ça. Avant de se quitter, il faut qu’on parle quand même de ton dernier clip En Sommeil, avec qui a t’il été travaillé ? 

J’ai une amie qui est dans une école d’art à Lausanne et elle faisait son film de fin d’études. Elle voulait que je lui envoie un de mes derniers titres pour son clip pour une des scènes de son court-métrage et je lui ai envoyé la version instrumentale du titre En Sommeil. Elle s’en est servie pour une scène de boîte de nuit. Je lui ai proposé et demandé si elle pouvait me faire un clip, et elle a donc remonté son court-métrage pour faire le clip du morceau. J’aime beaucoup travailler sur des échanges avec mes amis car je fais tout en autoproduction.

Tu te sens à l’aise, ça va ? 

Oui carrément ! J’aime beaucoup. Après, c’est beaucoup de travail, mais j’ai une bonne équipe : une attachée de presse, une tourneuse, une manageuse. Je suis très content. Aujourd’hui, on peut arriver à se débrouiller soi-même pour avoir sa musique diffusée sur Spotify, Deezer etc. Le seul truc, c’est que mon disque est pas distribué. Il n’y a que quelques disquaires qui le vendent à Paris, Nantes, Bordeaux… Mais, j’aime assez l’idée que les gens qui auront ce disque l’auront pas acheté sur un coup de tête à la Fnac ou autres. Ils seront soit venus en concert ou seront allés dans un disquaire indépendant.

La démarche est méga intéressante et symbolique. Tu as sorti un album, un EP, c’est quoi la suite ? 

Je ne sais pas trop. J’aime le fait d’avoir quelque chose de surprenant. J’aimerais faire un album avec 10 ou 15 titres, je ne sais pas. J’en sais rien,

Merci beaucoup, Jean.

JAUNE sera prochainement à Poitiers le 14 mars prochain au Confort Moderne, et aux Francofolies de La Rochelle en compagnie de Bertrand Belin, le 10 juillet.

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Stanley TORVIC
Fondateur et le rédacteur en chef de YOUR MAGAZINE. J’ai 20 ans et je suis en 3eme année de licence Arts du spectacle option Théâtre à l’Université de Caen. Entre le magazine et mes cours, je suis membre du bureau et du conseil d'administration de l'association caennaise Radio Phénix. Passionné par les arts et la culture, j’ai fondé YOUR MAGAZINE afin de rendre accessible la lecture et les arts aux jeunes désavantagés.

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