Guillaume Durand fait partie des artistes de l’ombre dont nous avons forcément vu les photos sans automatiquement connaître le nom. Du haut de ses 27 ans, le jeune clermontois est déjà un photographe émérite, que ce soit avec ses clichés ou ses vidéos. Celui qui travaille avec le rappeur belge Damso a depuis peu crée son entreprise d’audiovisuel, Weareminimals. Guillaume Durand a accepté de revenir sur son parcours pour YOUR MAGAZINE.

 

Quel est votre parcours? D’où vous vient cette envie de faire de la photographie votre métier?

Après un bac littéraire avec option arts plastiques, j’ai tout naturellement développé ma pratique du dessin et je me suis inscrit aux Beaux-Arts. J’y ai choisi une option Photographie dès la deuxième année, dont je suis sorti avec une mention une fois diplômé. La photographie me permettait d’explorer d’autres univers que le dessin, mais ma première envie était la vidéo. J’ai fait mes premières photos pendant la nuit, car j’étais insomniaque, et j’ai très vite aimé pouvoir créer seul, sans besoin de moyens et de gens comme pour la vidéo. Cette passion pour la nuit a commencé à cette époque là. La nuit, tout devient suspect, la ville se révèle vraiment, le calme ambiant crée une ambiance particulière, très cinématographique. Plus je shootais la nuit, plus je regrettais de ne pas pouvoir mettre en scène des situations, et j’ai donc commencé à m’intéresser à la vidéo. Je suis venu à Bruxelles pour intégrer l’INSAS mais j’ai finalement choisi d’apprendre par moi-même. Un beau jour j’ai rencontré le rappeur Caballero en allant faire un retrait à la banque. Nous avons échangé nos contacts, et nous nous sommes recontactés quelques temps après pour faire un clip. De là, j’ai très vite intégré son entourage avec qui j’ai collaboré, et le travail a fait le reste. Je salue ce cher Artur d’ailleurs.

Quelles sont les raisons pour lesquelles vous vous êtes plutôt tourné vers la photographie évènementielle, et plus particulièrement dans le milieu musical?

Ma rencontre avec Caballero m’a directement plongé dans un environnement artistique, et donc de la scène. Quand je suis arrivé à Bruxelles en 2013, mon premier concert fut celui de l’Or du commun, qui jouait avec Roméo Elvis, et j’ai directement pris une claque. Ils ont toujours eu une énergie incroyable sur scène. J’ai par la suite rencontré Anthony et Max de Back in the Dayz, avec qui j’ai bossé sur de nombreux projets. Paralèllement j’ai commencé à bosser avec le magazine SURL, spécialisé dans le hip-hop, pour qui j’ai réalisé des vidéos et des photos. J’ai très tôt développé une affection particulière pour le rap, même si j’écoute de tout, et ce choix me semblait logique.

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Vous travaillez particulièrement avec des artistes de la scène musicale belge, est-ce le hasard ou un choix de votre part?

J’ai baigné dans le milieu du rap belge, donc je pense que les connexions sont plus facile, surtout à l’époque où la France narguait encore le rap Belge. Cela dit, j’ai travaillé avec d’autres artistes français, américains et suisses, mais comme j’avais un pied à Bruxelles j’ai développé mon travail ici.

Ya t-il eu des rencontres décisives dans votre carrière?

Evidemment. Je pense tout d’abord à Caballero, mais aussi à Senamo, qui m’a confié mes premières réalisations. Par la suite, ma rencontre avec Antoine Laurent de SURL (désormais YARD) m’a vraiment fait découvrir un autre monde. Ma rencontre avec Sat Gevorkian, avec qui je travaille depuis, a aussi joué un rôle central dans tout mes projets. Enfin, ma rencontre avec Damso fut décisive, j’ai appris beaucoup de choses.

Depuis quand travaillez-vous avec Damso? Comment avez-vous été amené à travailler avec lui?

J’ai rencontré Dems en 2015, avant son succès. Nous avons échangés des messages sur Facebook, puis nous nous sommes rencontrés. J’aimais vraiment sa musique, et il aimait mon travail réciproquement. Nous avons fait des photos ensemble, qui sont toujours sur sa page. Il m’a ensuite proposé qu’on fasse un clip ensemble, mais j’étais en pleine campagne de financement pour mon film Naître, Devenir, Disparaitre et j’ai donc décliné sa proposition. Quelques mois plus tard il posait un couplet sur le projet de Booba et il était lancé. Nous nous sommes perdus de vue, et c’est seulement en Juillet 2016 que Ritchie Santos, son DJ, m’a contacté pour me rencontrer. Nous avons longuement discutés puis il m’a proposé de m’occuper de l’image de Damso: j’ai accepté.

Vous gérez donc à présent l’image de Damso, en quoi cela consiste?

Mon travail consiste à couvrir en vidéo et photo l’évolution de la carrière de Damso. Les interviews donc, mais aussi le studio, les clips mais aussi évidemment la scène. Je fournis donc à Damso du contenu pour communiquer sur ses réseaux son actualité. J’ai aussi réalisé la scénographie de l’Ipseité Tour, mais aussi de la tournée des festivals cet été. J’ai travaillé sur les visuels avec Célestin Soum, mon fidèle acolyte, puis j’ai couvert les dates de la tournée. Je propose régulièrement des idées, afin de multiplier les possibilités de choix, et d’offrir à Damso le maximum d’éléments pour que son image soit toujours impeccable.

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Lors d’un concert par exemple, quel genre de photos souhaitez-vous réaliser?

Lors d’un concert, je photographie comme si je construisais un film. Mon but est de créer une ambiance et une émotion particulière pour présenter les différentes facettes de l’artiste à travers les différents moreaux. On retrouve souvent des jeux de couleurs dans mes photos, mais aussi des directions de lumières assez prononcées. J’aime anihiler ce qui entoure l’artiste sur scène pour me concentrer sur le ressenti, l’atmosphère, l’émotion du moment. Comme si le concert devenait l’émotion fort que l’artiste ressent face à son public.

Vous avez réalisé le clip du morceau J’respect r de Damso, et cette vidéo comptabilise désormais près de 40 millions de vues sur Youtube. Avez-vous dirigé et réalisé d’autres clip vidéo? 

J’ai réalisé le visuel du morceau «Smeagol», puis celui de J’respect R. Par la suite j’ai réalisé les visuels pour la tournée Ipseité, dont 2 sous forme de clips: Autotune et Gova.

D’où tenez-vous cet attrait pour la vidéo?

Mon attrait pour la vidéo vient de mon oeil droit. Je suis aveugle de naissance, et j’ai toujours voulu savoir ce que ça faisait d’avoir une vision «complète». La vidéo m’a permis d’avoir cette vision normale dans un premier temps. Par la suite j’ai décidé d’utiliser ce médium comme moyen de raconter des histoires. J’ai toujours aimé raconter des histoires.

Que vous a apporté le fait de travailler dans le milieu musical et avec de tels artistes?

Une expérience considérable. De beaux moments, aussi bien visuellement qu’humainement. L’avantage du milieu musical et plus encore du rap, c’est qu’on doit faire beaucoup avec peu. Chaque clip est un challenge.

Quel est votre meilleur souvenir lié à la photographie?

Mon meilleur souvenir photographique remonte à 2013. Je rendais visite à mon frère en Hongrie, à Budapest. Un soir, sur le retour, je suis passé près de la patinoire de Budapest, devant un château et en face des termes. La patinoire était vide, à l’exception d’une patineuse qui était là, seule, au milieu de cette patinoire plongée dans la pénombre. Je crois que c’est ma photo préférée.

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Vous avez créé  cette année le projet Weareminimals, comment cela s’est fait? 

J’ai lancé Weareminimals, une entreprise spécialisée dans la création audiovisuelle, spécialisée dans la publicité et les clips vidéos, mais aussi Wearemarried, une branche spécialisée dans les mariages (photo et vidéo), en collaboration avec Sat Gevorkian. Nous travaillons avec d’autres artistes mais nous sommes le coeur de ce projet débuté cette année.

Quel est le but de cette association d’artiste?

Notre objectif est d’unir nos forces dans un projet commun plutôt que faire route de notre côté. L’objectif à long terme est de lorgner du côté du cinéma, et de la fiction, avec notre projet de film Naître, Devenir, Disparaitre, écrit avec Sat Gevorkian.

Quels sont vos projets pour les années à venir?

Dans l’immédiat, plusieurs clips vidéos vont sortir, dont 2 réalisés à Los Angeles. Je prépare un court-métrage pour cet été, et d’autres clips vidéos avec Weareminimals. L’objectif est de réaliser l’année prochaine notre film, et de le faire ensuite vivre dans les festivals, mais aussi de poursuivre la réalisation de clips vidéos pour divers artistes.

 

Toutes les images sont sous la propriété exclusive de Guillaume Durand. Toutes utilisations de celles-ci sont strictement interdites sauf autorisation préalable du propriétaire.

 

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