Certains éléments importants de l’intrigue (notamment dès la fin du premier épisode) sont volontairement éludés pour garder toute la surprise.

Il ne faut pas s’y tromper : malgré les guirlandes, les chants de Noël et le titre joyeusement positif, Happy n’est pas une série pour enfants ni même pour toute la famille. Il suffira des premières minutes pour s’en rendre compte très facilement.

Complètement folle et décalée, Happy s’amuse à jouer avec les limites du trash tout en offrant un divertissement sympathique pour les amateurs du genre. Le synopsis de la série pourra vous laisser perplexe : Nick Sax, un tueur à gages en déchéance se retrouve à devoir sauver une fillette enlevée par un père noël psychopathe. Petit détail qui a son importance : il va être accompagné dans son aventure par Happy, une petite licorne bleue qui s’avère être l’ami imaginaire de l’enfant. Un duo qu’on retrouvera difficilement ailleurs.

Le tueur à gages est incarné par Christopher Meloni qui semble aimer les univers sombres et malsains, ses deux plus grands rôles avant Happy en attestent : un sociopathe dans la série carcérale OZ et l’inspecteur Elliot Stabler dans New York Unité Spéciale où il forme avec Mariska Hargitay un duo iconique s’occupant des crimes sexuels. Le hasard fait assez bien les choses car son rôle dans Happy est un léger mélange de ces deux anciens personnages.

Le duo loufoque entre les deux personnages représente le fonctionnement de la série qui s’amuse du contraste entre deux ambiances, celle chaleureuse de Noël qui est proche de l’état d’esprit de la licorne Happy, ami imaginaire à l’optimisme sans fin et celle dans laquelle Nick Sax vit son quotidien : glauque et sanglante. Aux yeux de ce dernier, la société est pourrie et pour survivre il décide de devenir au moins autant pourrie qu’elle. Happy va être confronté à l’horreur de ce monde, lui qui provient d’un esprit innocent et joueur, d’abord parce que Nick bien qu’il soit un ex-flic est devenu un tueur à gages cynique drogué et alcoolique. Ainsi l’ami imaginaire va croiser sur son chemin des personnages – souvent ennemis de Nick – aux valeurs morales douteuses : Smoothie (joué par l’excellent Patrick Fishler) chargé de torturer pour faire parler, usant de méthodes particulièrement sadiques ou encore le Père Noël ayant enlevé la petite Hailey. Happy va donc peu à peu se fondre dans cette ambiance malsaine malgré lui et faire équipe avec Nick Sax pour retrouver l’enfant et commettre avec lui des actes répréhensibles comme tricher à un jeu, se droguer ou l’aider à piéger des gens. Cela n’empêche pas la joyeuse licorne de garder son esprit enfantin et de réussir à nouer un lien avec Nick pour essayer de le rendre meilleur. De nombreuses scènes jouent de cette absurdité comme lorsque Happy chante une comptine dans la voiture alors que l’ex-flic conduit très mal et provoque un accident.

L’esthétique de la série va aussi dans le sens d’un contraste constant entre ces deux « mondes », les couleurs froides côtoient les couleurs chaudes : certaines scènes jouent avec le sang vif qui éclabousse la neige, le Père Noël kidnappeur, sorte de monstre, qui est vêtu d’un manteau chargé en bonbons et décorations de Noël en tout genre mais qui possède un visage effrayant et un sourire démoniaque. La scène d’enlèvement de l’enfant est aussi chargée de ce mélange des genres, il s’agit d’un concert très coloré où joyeux et le père Noël se trouve à quelques pas de ce spectacle pour trouver sa prochaine victime.

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Christopher Meloni, qui incarne Nick Sax dans Happy

Au-delà du travail scénaristique et esthétique la série fournit de multiples rebondissements à son intrigue que je ne développerai pas ici pour ne pas les révéler. Si ces multiples ramifications narratives fonctionnent c’est notamment grâce aux personnages secondaires intelligemment écrits et interprétés : M. Blue, sorte de mafioso sociopathe qui cherche à tuer Nick ; l’ex-partenaire de Nick Sax, Meredith McCarthy qui nous permet d’en savoir plus sur le passé de son collègue lorsqu’il était encore flic via des flashbacks (dont un qui montre l’une des scènes les plus difficiles de la série).

Ce développement des personnages est aussi l’occasion de creuser des thèmes plutôt inattendus. La série se moque allégrement de l’esprit consumériste de Noël et de la société en général. Lorsque Hailey se fait enlever, c’est lors du concert d’un chanteur pour enfants très célèbre : Sonny Shine, qui surjoue la bienveillance, la bonté et la bonne humeur. Plus surprenant, une partie de l’intrigue suit la famille du mafioso M.Blue : sa sœur fait partie d’une émission de télé-réalité outrancière jouant sur beaucoup de clichés. Ce pan du scénario nous offre quelques scènes très réussies car elles allient le monde superficiel de la télé aux activités criminelles de M.Blue.

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Patton Oswalt, vous ne le verrez jamais dans la série mais il est la voix d’Happy.

Vous l’aurez compris, en plus du duo Nick/Happy, l’une des grandes forces de la série est la galerie de personnages qui gravite autour d’eux. Force qui devient quelquefois faiblesse, certaines sous-intrigues étant dispensables. Heureusement ces quelques errances ne nuisent pas à la qualité globale de la série, qui est d’ailleurs constituée de 8 épisodes de 45 minutes, le rythme est frénétique et très rares sont les moments où on s’ennuie.

Happy n’est pas accessible à tout le monde : par sa violence évidemment mais aussi par son humour absurde, volontairement vulgaire par moment qui pourrait en décontenancer certain-e-s et en repousser d’autres. C’est une série qui déplace sans cesse son humour pour surprendre. Il arrive donc que par moment, une blague puisse tomber à côté ou être trop facile. Il serait dommage de se passer d’Happy uniquement pour cette raison : divertissante, esthétiquement soignée et surtout bien plus subtile qu’elle en a l’air sur certains sujets : l’occasion de fêter Noël en avance, sans rennes mais avec une licorne.

La série diffusée par la chaîne SYFY est également disponible sur Netflix, une saison 2 sera diffusée courant 2019.

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