Il y a quelques semaines, Pablo CHEVREL, photographe, m’envoie le SoundCloud d’un artiste « à découvrir ».  Son nom : Dazel. Après quelques écoutes je comprends un peu plus pourquoi il est « à découvrir ». Après quelques échanges, je l’ai téléphoné alors qu’il s’apprêtait à sortir aujourd’hui son tout nouveau son. Ecouteurs aux oreilles, il répond à toutes mes questions sans filtre, sans tabous, avec une sincérité que je pouvais ressentir à travers le fil. Dazel, la première découverte de cette année 2019




 

Tu t’es lancé dans le rap il y a un peu plus d’un an. Tu faisais déjà de la musique avant ça, qu’est-ce que l’ancien Dazel faisait musicalement parlant ?

Je faisais de la chill avant, genre, vers 2016.

Qu’est-ce que t’appelles être de la chill ?

C’est toute cette musique commerciale que tu vas entendre sur YouTube ou en festival.

De l’électro ?

Ouais, exactement. Je faisais une sorte d’électro mélodique, on va dire.

Pourquoi est-ce que tu as basculé d’un coup comme ça pour le rap ?

Y’a eu ce moment de ma vie où j’ai eu ce genre d’histoire d’amour passionnel qu’on pense vivre qu’avec une personne le reste de notre vie. Ca s’est arrêté et j’avais comme une haine au fond de moi. Quand j’ai voulu faire du rap c’était pour partager toute ma colère et c’est bien loin de ce que je fais maintenant. C’était surtout du freestyle en soirée, c’était cru. Avec le temps, la dépression, j’ai fait des choses un peu plus posées et ça donne le résultat de mes musiques du moment.

Il y a eu une prise de conscience ?

Je voulais plus donner cette image d’un mec violent, qui ne se contrôle pas. Je voulais, devais me confronter au vrai moi.

Pour évoquer le sujet plus concrètement, abordons la composition de tes sons, c’est donc bien toi l’unique compositeur ?

J’écris tout seul de A à Z. Je n’aime pas avoir du monde autour de moi pour écrire et composer, car je ne veux pas laisser quelqu’un influencer ma musique. Les conseils ne sont pas forcément méchants, j’ai envie de me concentrer seul à ma création sans avoir d’élément nuisible à ce que je veux fidèlement retransmettre. C’est seulement quand je termine que j’accepte qu’on me dise de faire ci ou ça, je note, et je travaille ces avis sur le son suivant. Quand je travaille avec d’autres gens, c’est quand c’est des featurings ou autres.

Tu parles justement de tes feats, tu as cette manière de créer assez solitaire alors pourquoi faire des featurings d’autant plus que tu en fais pas mal ?

C’est surtout des collabs avec des amis, je ne travaille généralement qu’avec des gens que je connais. J’ai eu plusieurs propositions, même avec des gars qui tapent les millions de vues, mais je ne veux pas collaborer juste pour des chiffres. Je veux un réel échange, une vraie collaboration avec un gars avec qui je serai sur la même attente. Je suis actuellement sur une belle collab avec un mec que j’ai rencontré sur le net. On va faire de la deep house et j’ai hâte de le partager.

Pourquoi ce basculement constant de genre musical ?




Je suis quelqu’un d’instable et je ne supporte pas de faire qu’un style de musique. Je préfère commencer avec une offre diverse et variée. Je n’aurais pas aimé faire qu’un genre, qu’au fil des années cela me plaise moins, que j’aille ailleurs et que les gens qui me suivent soient perdus. Là, c’est su et moi ça me laisse une liberté. Je fais de l’emo hip hop, de la deep, je vais rapper sur de la house.. Et en même temps, je suis assez sélectif, et c’est une des raisons du peu de sons sortis.

Tu bascules de genre en genre, il y a forcément des artistes qui t’influencent..

Je ne pourrais même pas dire. C’est surtout une accumulation depuis petit de la diversité musicale que j’ai eu autour de moi avec mes parents et mon oncle. J’ai eu 3 cultures musicales. Il y a eu celle de mon père très commerciale, des musiques africaines, du zouk, etc.. Ma mère, c’était du rock, de la pop, des trucs comme Gorrilaz, et il y a eu mon oncle qui m’apportait toutes ces musiques peu connues et très expérimentales. Ce mélange m’a donné envie d’aller chercher des mélanges peu encore fait pour mes musiques.

Maintenant, j’ai un pote qui s’appelle Nicolas avec qui j’ai un groupe qui se nomme LGMDTM avec qui on fait des sons. C’est un mec à l’ancienne de notre âge qui vit sans internet, sans smartphone, il achète que des disques, des vinyles, et est culturellement d’un siècle passé. A chaque fois que je vais chez lui, il a toujours un nouveau vinyle à me faire découvrir et c’est génial. Il partage aussi à ma culture et grâce à lui je découvre plein d’artistes. C’est lui qui m’a fait découvrir les débuts très hard de XXXTENTACION par exemple.

Il y a cette panoplie de genres, cette panoplie de composition. Tu fais des musiques en solo, en groupe, des collaborations autres.. tu n’as pas peur de te perdre ?

Pas du tout. Je suis toujours très organisé. Je suis quelqu’un d’assez anxieux et j’aime quand je sais ce que je fais, et où je vais. Quand j’enregistre un son, je sais ce qu’on fait de telle à telle heure, etc. J’aime quand tout est organisé. Puis vu que je travaille généralement avec mes potes, ils sont toujours là pour me resituer quand je m’échappe un peu. Dès que j’ai un coup de mou, j’ai toujours mon beatmaker pour me motiver et me faire avancer.

Pourquoi avoir voulu te lancer dans la musique s’il y a autant d’interrogations ?

C’est une bonne question. J’ai commencé le rap à un moment de ma vie où j’ai été déscolarisé, et quelques jours après avoir arrêté le lycée suite à ma rupture amoureuse, je suis tombé en dépression, et je traînais avec des gens qui me conseillaient de mauvaises choses, et je ne pouvais pas vraiment réfléchir par moi-même à ce moment-là. J’ai pris le rap, la musique comme ma manière à moi de faire mon introspection quand j’ai arrêté de trainer avec les mauvaises personnes.

Qu’est-ce que tu racontes dans ces musiques ?

Je vais parler d’amour et ce que quelqu’un de dépressif va ressentir et n’ose pas dire. Je vais essayer de dire avec une certaine beauté. Même s’il y a plein de problèmes dans le monde etc, la dépression est assez taboue dans notre société actuelle et dès que tu es mec les gens sont en train de dire qu’un mec est sensé être virile et ne pas pleurer, ne pas avoir peur. Un mec a plein d’émotions, et j’essaye de réunir tout ce que les mecs en générale n’assumer pas ou peu comme la part de féminité qu’on a tous. La tristesse, la dépression, moi, je le représente et je ne perds pas pour autant ma crédibilité. Je n’ai pas peur d’assumer etc. Je me suis de nombreuses fois fait insulté, car j’assumais justement ma féminité, et toute le bad mood.

Tu fais le choix de retranscrire ton mal-être…

Avant, c’était oui un mal-être personnel, mais depuis, je me suis remis de ma dépression, de mes envies suicidaires, etc. J’étais entouré de très mauvaises personnes. Mes fréquentations d’aujourd’hui ont bien changé. Aujourd’hui, je me sers de mon vécu pour raconter, rapper mon histoire.

Je n’aime pas trop les musiques heureuses comme les musiques très industrielles car elles ne me font pas vibrer, c’est plat. C’est cool l’été, mais après ? Alors que les musiques un peu plus profondes, tristes, m’apportent personnellement plus.

Tu fais de la musique ta thérapie ?




Ma musique et la musique en général est le psychologue du pauvre

Tu penses que c’est ce que tu fais maintenant ?

Totalement, ouais. Je ne me suis jamais vraiment posé la question, mais oui, je vis ma musique comme une manière aussi de passer définitivement à autre chose. J’ai encore beaucoup de questions. Je cherche à savoir pourquoi j’ai fait ça ? Pourquoi ça s’est passé comme ça ? Pour beaucoup, la musique est une thérapie. La musique est une thérapie pour tout le monde. Pour celui qui l’écrit, celui qui l’écoute, celui qui la subit.

Merci. Tu aurais un mot pour terminer cette interview ?

Ne prenez pas de drogue mdr.

Stanley TORVIC

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