Si vous avez déjà eu l’occasion de voir le film American Beauty ou quelques épisodes de la série Desperate Housewives, vous trouverez rapidement plusieurs similarités avec Big Little Lies, mini-série de 7 épisodes réalisée par Jean Marc Vallée.

Elles ont toutes les 3 en commun de nous montrer des familles – souvent de classes aisées – dont l’apparent bonheur cache en vérité de nombreuses failles souvent profondes.

Mais impossible de limiter Big Little Lies à cette comparaison avec ces autres œuvres : plus sombre, plus brutale, profondément féministe ; elle bénéficie également d’une réalisation soignée ne laissant rien au hasard.

Cette réalisation soignée, on la trouve dès le générique d’ouverture de la série. Se succèdent des plans de l’océan déchaîné, de corps dénudées ainsi que des femmes sur une route de la côte californienne emmenant leurs enfants à l’école. Les dernières secondes du générique montrent une partie des personnages, déguisés, défiler dans le cadre d’un bal. En quelques images, les grands thèmes de la série ainsi que le nœud de l’intrigue sont évoqués.

Big Little Lies raconte initialement l’histoire d’une jeune femme, Jane Chapman récemment arrivée à Monterey et qui va voir son fils être accusé d’avoir violenté la fille d’une des mères les plus influentes de la ville, Renata. Ce conflit somme toute assez banal va devenir le point de départ d’un autre drame bien plus profond.

La série s’ouvre sur une scène vue à la première personne : la respiration est forte, les lumières éblouissantes et clignotantes : il s’agit du climax de l’intrigue, la série ne s’en cache pas, elle montre explicitement que c’est à ce moment du bal (le même bal montré dans le générique) que va avoir lieu le drame. Cette scène est entrecoupée de témoignages d’habitants de la ville, interrogés dans le cadre de l’enquête. Ces brèves confessions seront disséminées tout au long des 7 épisodes. Prenant très souvent la forme de ragots, racontés quelquefois de façon très crue, ils servent à la fois à alimenter le récit mais aussi à montrer le fossé qu’il peut y avoir entre ce qui est raconté et la vérité qui se cache derrière.

Céleste, une des amies de Jane Chapman, est moquée par des habitants sur la différence d’âge avec son mari ainsi que sur leur vie sexuelle. En réalité, elle est dans une relation toxique avec son mari Perry : la violence s’est immiscée dans leur couple jusque dans l’intime.

Ce n’est pas la seule à subir des préjugés en décalage profond avec sa réelle situation : Jane Chapman est venue se réfugier à Monterey pour oublier le viol dont elle a été victime, pourtant les confessions des habitants la montre comme une femme venue semer la zizanie dans une petite ville bien tranquille.  Madeline, la première mère que rencontre Jane doit gérer sa relation avec son ex-mari ainsi que sa relation actuelle, objet de nombreuses frustrations. Les témoignages des habitant-es font d’elle une mère en manque de sensations fortes, presque inconsciente de ce qu’elle fait alors que la série fait en sorte de montrer qu’elle s’implique avec bienveillance dans sa vie de famille mais aussi dans la vie associative de la ville. Sans oublier que ces préjugés sont parfois issus des personnages eux-mêmes, que cela soit entre les héroïnes de la série et les personnages (comme le barman et sa supposée homosexualité). La pression que subissent les personnages est donc multiple, elle vient de l’extérieur par les ragots qui peuvent se propager mais aussi de l’intérieur avec des conflits familiaux.

Cette violence subie, qu’elle soit physique ou mentale se retrouve dans de nombreux aspects de la série : la musique tient une place essentielle au sein des épisodes, elle se mêle parfois aux sons du quotidien comme le bruit des vagues mais prend dans certains cas la place des sons notamment lors de plusieurs scènes de violence : le contraste sonore et visuelle provoque un malaise intérieur voulu.  L’omniprésence de la mer et des vagues violentes sont liées au traumatisme d’une des héroïnes, il est impossible de dissocier les décors de l’intrigue de ce que vivent les protagonistes de  la série. L’histoire dresse également un portrait souvent peu flatteur des hommes : mari violent, père inexistant : les quelques contre-exemples sont rares et généralement hors du cercle familial excepté le mari de Madeline qui sert au contraire de soupape à sa femme et lui permet de rester la tête hors de l’eau.

Cependant Big Little Lies ne peut pas être restreinte uniquement à son exploration d’un monde d’apparence mis à mal et de la difficulté des femmes à évoluer dans ce monde violent. Elle met également au centre de son intrigue la place fragile des enfants, victimes collatérales voire principales de ce que peuvent vivre les parents. La série ne se contente donc pas de dérouler précisément le fil d’un drame : elle l’exploite et le manipule pour jouer avec le spectateur et l’immiscer aussi proche que possible de la même violence que vivent les personnages.

Conçue pour n’être qu’une mini-série d’une saison unique, elle a néanmoins été renouvelée pour une deuxième saison qui sera diffusée courant 2019. Que l’idée soit bonne ou mauvaise, le casting déjà bien étoilé (composée entre autres de Nicole Kidman, Reese Witherspoon et Laura Dern) verra rentrer dans ses rangs Meryl Streep.

La bande annonce de la première saison : 


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