En vadrouille sur Instagram, apparaît alors la page de Saduwa. D’une rencontre par hasard, on se follow. Inna ALZOUMA, la fondatrice me racontera plus tard par téléphone l’esprit de sa collection. Saduwa, c’est la rencontre entre deux cultures, la rencontre entre deux manières de porter le vêtement, de coudre. Saduwa, c’est l’histoire des tissus et du coton à travers le globe. Loin de l’économie de la fast fashion, elle créé à contre courant de la demande, afin de nous proposer une collection à la fois esthétique, éthique, morale, écologique et sociale. Des projets comme celui-ci, nous en en croiserons pas à chaque coin de rue. Inna, une créatrice de mode, une enfant devenue grande, métissée entre l’Europe et l’Afrique. 

Je suis très ravi de vous avoir au téléphone pour parler de la marque que vous avez fondée qui se nomme Saduwa, qui a été lancé le…

C’est tout récent, j’ai commencé la commercialisation le 19 novembre dernier, avec un e-shop et par la suite avec un pop-up le 20 novembre, donc ça s’est vite enchaîné.

Et le magasin se trouve à Paris ?

En fait, je fonctionne sur des concepts éphémères, et le magasin dans lequel je me trouve actuellement se trouve sur Paris.

Donc vous voyagez de magasin en magasin ?

Pour l’instant oui. J’ai cette volonté de présenter la marque à différents publics et de pouvoir la déplacer, car chaque quartier a ses codes et au-delà de ça, je veux surtout faire voyager mes tissus dans la capitale.

Il y a donc une volonté de faire voyager une marque qui se décrit comme moderne et élégante, invitant au voyage. Qu’elle a été la motivation pour vous lancer dans la mode avec Saduwa ?

C’est un projet qui me trottait dans la tête depuis très longtemps. Je suis d’origine africaine et j’ai toujours grandi avec du wax, qui n’est pas d’origine africaine, mais qui est aujourd’hui le plus « codé » africain. Dès que j’en portais en me disait : « C’est chouette ! Ca te va bien ! », et moi, je ne me voyais pas le porter couramment. Je me suis donc beaucoup inspirée de mon entourage qui trouvait ce tissu très cool, mais qui se voyait le porter en petite touche, comme un accessoire lié à une couture moderne. J’ai donc commencé à réfléchir sur le projet et j’ai travaillé la première collection. Saduwa, c’est la rencontre des tissus, et la rencontre des cultures.

Une marque, une ligne de vêtement se définit par sa fondatrice, se caractérise par sa directrice artistique, celle que vous êtes. Vous venez du continent africain, mais d’où précisément ?

Je suis originaire à la fois du Niger et du Burkina Faso. Je suis née en France, à Tours. Je n’ai jamais vraiment vécu en Afrique, mais tous les ans depuis mes 3 ans, j’y allais tous les étés environs 1 mois ou 2 jusqu’à mes quinze ans. Et ensuite, de manière plus ponctuelle.

La marque représente votre métissage finalement ?

C’est exactement ça. Elle est issue de deux cultures. Je suis Française, mais dans mon identité, je suis aussi Nigérienne et Burkinabè.

Vous voguez complètement dans cette naissance, reconnaissance de la mode afropéenne. Mixez le Wax avec une couture occidentale. Vous faites appel justement à une mannequin noire et une mannequin blanche. On comprend alors que le métissage est important pour vous, pourquoi l’exposer dans chaque détail ?

Je pense que le métissage a enrichi beaucoup de cultures depuis très longtemps et typiquement, si on prend l’exemple du tissu wax. C’est l’exemple parfait du métissage, car c’est un tissu d’origine indonésienne, une technique de tresser qui vient d’Indonésie et que le contiennent s’est approprié. C’est par la rencontre entre ces deux cultures qu’on réussi à développer les produits de maintenant, des produits qui deviennent une identité.

La collection se tisse à Paris si j’ai bien compris.

Alors, oui. Je travaille avec un atelier qui est sur Paris dans le 16e arrondissement.

Pourquoi celui-ci ?

J’ai visité pas mal d’ateliers et je cherchais une réelle relation de confiance avec l’atelier avec lequel je travaille. Il se trouve que la personne qui m’accompagne actuellement est une belle rencontre et je suis convaincu que les rencontres dans la vie sont celles qui font avancer les choses et cette personne m’aide beaucoup. C’est agréable d’avoir des relations fortes et stables avec ses partenaires.

Vous vous adressez aux femmes, est-ce que vous envisagé de faire une collection pour homme ?

C’est en effet en cours de réflexion pour le printemps/été 2019.

Au-delà de cette part esthétique, il y a cette part en parallèle humanitaire, sociale. De quel constat êtes vous partie pour entreprendre la démarche que vous avez lancée avec la fondation burkinabaise à qui vous renversez 5% des bénéfices et avec qui vous formez des femmes au Burkina dans la teinte et le tissage du coton ?

Je pense que des vêtements à l’heure actuelle, on peut en trouver facilement. Je ne me voyais pas lancer de marque sans un réel projet derrière. Je voulais réfléchir Saduwa dans un projet plus global qui n’était pas juste le fait d’avoir des collections et de développer des produits. Je voulais un projet qui puisse et permet justement de redistribuer les richesses et bénéfices autour de moi. Je voulais d’où mon métissage redistribuer les valeurs ajoutées à l’Afrique. C’est une toute petite partie à mon échelle, mais je pense justement que si tout le monde s’y mettait, on arriverait petit à petit à faire bouger les choses. C’est surtout qu’en Afrique, il y a 11 % de la production mondiale de coton et que 2 % de la production est transformée sur place. En travaillant avec des fondations qui sont sur place, c’est une manière pour moi de développer cette industrie et si plusieurs sociétés s’y mettent aussi, ça permettra à ce continent d’avoir la main sur le coût du coton. Ce qui n’est pas le cas. Toutes les valeurs transformées dans d’autres pays sont des valeurs perdues pour le continent. Le fait de le transformer sur place permettra une juste redistribution des richesses et de mieux maîtriser sa chaîne de coûts.

C’est depuis le lancement que vous avez démarré ce projet ?

Oui, c’est un projet récent. J’ai bossé sur le dossier un peu plus d’un an. Entre temps, j’ai rencontré la fille de la fondatrice d’Adaja. On a mis en place le partenariat, et l’objectif, également, est d’utiliser les tissus de la fondation dans la prochaine collection.

Il y a vraiment cette volonté de rendre la mode accessible et universelle avec le tissu wax, mais il y a cette question du prix qui est effectivement moyennement important. Comment est-ce qu’il se justifie ?  (s’il a à être justifié)

Le prix n’a pas forcément à être justifié dans le sens où il va y avoir le coût du développement du produit, le coût des achats des matières premières. Il va y avoir le coût de la production en France, car à l’heure actuelle, ça coûte plus cher que de faire fabriquer un tissu par un enfant dans le fin fond du Bangladesh ou autre. C’est cette somme de tout qui fait qu’on va avoir un prix plus important de tout ce qu’on va retrouver dans les magasins de la fast fashion et autre. Mais si on place au même stade de toutes les marques qui produisent en France, ça revient sur une gamme de prix similaire.

A lire >> YOUR MAGAZINE La fast fashion, ce fléau (article)

Vous évoquiez tout à l’heure le sujet. Il y a une nouvelle collection à venir, comment comptez-vous réinventer Saduwa ?

Vu que ce projet se base sur la rencontre des cultures, je vais proposer un tissu qui est vraiment africain sur les prochaines collections. A l’occurrence ça va être le faso dan fani qui est un coton teinté naturellement. Et le projet sera de présenter ce tissu au grand public. Pour l’instant, c’est vrai que le wax est le plus connu, mais l’Afrique regorge d’un nombre de tissus impressionnant. Chaque tissu possède un nombre de déclinaisons important.

Ces tissus sont directement fabriqués en Afrique ou en Europe ?

Le faso dan fani est créé en Afrique, c’est « le » tissu burkinabè et il se trouve même que le président burkinabè a émis un décret pour que toutes les délégations burkinabè soient vêtues de ce produit qui est exclusivement créé au Burkina Faso.

Au-delà de ça, comment est-ce que vous vous sentez depuis que le projet a été lancé ?

C’est une vraie aventure de vie. A la fois sur la création de la marque que sur le projet avec la fondation. C’est de l’apprentissage tous les jours. C’est aussi par l’accueil de la marque par le public. Je ne vois pas Saduwa comme un projet fixe. C’est un projet qui se créé de jour en jour avec sa clientèle.




Vous êtes seule sur le projet hormis les partenaires ?

Oui.

Et vous vous sentez capable de tenir cette société encore longtemps ?

Le plus longtemps possible en tout cas. (elle rit.)

En tout cas, je vous le souhaite. (je ris à mon tour.)

Après, il faut savoir s’entourer des personnes. Je ne vais pas avoir des compétences dans les tous les domaines. Il faut être multifonction, mais le plus important est de justement se dire : « Ca, je ne sais pas faire, il faut que je m’entoure des bonnes personnes pour travailler ce point-là. »

C’est votre première entreprise ? Qu’est-ce que vous faisiez avant ce projet-là ?

Alors, oui, c’est ma première entreprise. Avant ce projet, je travaillais en développement commercial.

Ah oui, c’est lié !

C’est ça !

Donc votre marque voyage de magasins en magasins. Est-ce qu’il sera possible d’être connecté à votre marque ailleurs que sur Paris ?

C’est dans mes projets en effet, car je ne veux pas donner l’idée que la mode est exclusivement parisienne.  Je dois trouver des partenaires pour exporter mes habits dans des boutiques en régions pour justement faire un peu plus voyager la collection.

J’espère que j’aurais l’occasion de croiser Saduwa sur mon chemin. Merci beaucoup.

(on rit)

 

Parisiennes, franciliennes, vous pouvez partir à la rencontre de Saduwa jusqu’au 3 février de 11h à 20h, 7j/7 aux Mont-Orgueilleuses. Adresse : 30 rue Grenata, Paris 2ème

 

 

 

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Stanley TORVIC
Fondateur et le rédacteur en chef de YOUR MAGAZINE. J’ai 20 ans et je suis en 3eme année de licence Arts du spectacle option Théâtre à l’Université de Caen. Entre le magazine et mes cours, je suis membre du bureau et du conseil d'administration de l'association caennaise Radio Phénix. Passionné par les arts et la culture, j’ai fondé YOUR MAGAZINE afin de rendre accessible la lecture et les arts aux jeunes désavantagés.

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